Campomoro-Senetosa

Espace naturel protégé

Au Sud-ouest de la Corse, les rivages du sartenais…

…C’est sur ces côtes d’une beauté singulière et attachante que, progressivement, a été constitué depuis une quarantaine d’années, le site naturel de Campomoro-Senetosa.

Le grand site de Campomoro-Senetosa, propriété du Conservatoire du littoral, s’étire depuis la pointe de Campomoro, au nord, jusqu’à la pointe de Senetosa, au sud, sur plus de vingt kilomètres et presque 2400 hectares où se côtoient patrimoines naturels et humains. La côte rocheuse est fortement découpée : pointes et écueils y alternent avec des baies profondes et étroites abritant de petites plages. Vers l’intérieur s’étirent des collines couvertes de maquis, aux formes tantôt molles, tantôt déchiquetées. L’alternance de granites différents rythme les paysages. Les plus résistants, les granites leucocrates, arment les reliefs et les pointes aux formes vigoureuses. Plus tendres, les monzogranites ont été érodés avec le temps. Il y a quelque 20 000 ans, la mer, atteignant un niveau plus élevé, a usé ces roches, les transformant en plates-formes littorales, comme à Canuseddu et Arana. Les nombreuses rivières qui descendent des collines ont creusé des ravins où l’eau, qui coule à peine en été, peut être tumultueuse dès l’automne.

Dans ce grand paysage préservé de toute route et urbanisation, les traces humaines sont nombreuses, elles témoignent d’une forte activité anthropique passée. Elles sont bergeries, orii, aires de battage, fontaines, mégalithes… Les deux tours génoises de Campomoro et Senetosa marquent, au nord et au sud, les limites du domaine du Conservatoire. Le phare tout blanc de Senetosa dresse son étonnante silhouette double sur le Capu di Senetosa.

Le Conservatoire du littoral et le Syndicat Elisa (gestionnaire du site), avec l’appui de la Collectivité de Corse et l’Office de l’Environnement de la Corse, ont ouvert et aménagé un réseau de sentier dense qui amène les visiteurs à la découverte de ce patrimoine exceptionnel.
Un long chemin a été parcouru et nombreux sont ceux qui se sont engagés pour la préservation de ces lieux : élus, citoyens, techniciens, propriétaires, scientifiques, artistes…Aujourd’hui le site, définitivement protégé, est activement et subtilement aménagé et géré.

Gestion

Un site classé de 1260 ha englobe la partie nord du site, dont la quasi-totalité fait partie du réseau Natura 2000 (à terre et en mer).

Depuis 25 ans, ce site a fait l’objet d’une active politique de protection, de mise en valeur et d’une gestion exemplaire assurée par le syndicat intercommunal ELISA partenaire de la Collectivité de Corse.

La flore

Près du rivage, lentisques et myrtes brossés par le vent accompagnent les genévriers. Les collines tournées vers la mer portent un maquis plutôt bas où poussent la bruyère arborescente, l’arbousier, le myrte et le genévrier de Phénicie, présent sur plus de 500 hectares, en remontant vers l’intérieur des terres. Sur les sols pauvres apparaissent le calycotome, les cistes ou le genêt corse. Vers l’intérieur, le maquis depuis longtemps n’a plus connu les incendies. Il est plus élevé et des îlots de chênes verts se sont maintenus au cours des siècles dans les vallons frais ou au pied des chaos rocheux. Sur les plateformes littorales, des chapelets de grandes pelouses, ceinturées de bosquets de genévriers, abritent une végétation discrète mais riche en plantes très originales ou rares. Plus ou moins soumises aux embruns salés, ces pelouses sont inondées en hiver : s’y créent alors des mares temporaires à la végétation si particulière. Des vaches ensauvagées et des sangliers, en broutant et en retournant le sol, maintiennent ouverts ces espaces en contenant l’extension du maquis.

La faune

Dans les chaos granitiques nichent grands corbeaux et merles bleus et des reptiles remarquables comme le lézard de Bedriaga et le phyllodactyle d’europe. Les pelouses des plateformes littorales, en mosaïque avec des bosquets de genévriers de Phénicie, sont fréquentées par des petits passereaux, alouette lulu, bruant zizi, verdier, venturon corse et pipit rousseline. Dans les dépressions humides se reproduisent le crapaud des Baléares, le discoglosse sarde et la rainette sarde. Les mares temporaires méditerranéennes hébergent un cortège de petits crustacés inféodés à ces milieux originaux. La vallée agricole de Conca et les maquis sont parcourus par la tortue d’Hermann.

Les mares temporaires

Le grand site de Campomoro-Senetosa est pourvu de plusieurs mares temporaires qui ont été répertoriées par l’Office de l’Environnement de la Corse avec l’aide des gardes du syndicat. Ces petites zones humides, périodiquement inondées sont un Habitat prioritaire de la directive habitas. Elles abritent des espèces végétales (isoète voilé, illicèbre verticilé,…) et ou bien des amphibiens. Les mares de Paddulaccia ont été retenues par les scientifiques de l’O.E.C pour un programme régional de travail et de suivi qui concerne aussi des mares localisées dans d’autres sites de Corse. Des règles de mesure de hauteur d’eau ont été placées sur les quatre mares principales. Les agents d‘Elisa réalisent tous les ans des relevés à partir de la phase de mise en eau jusqu’à la phase d’assèchement, à un rythme bimensuel. Ces données sont ensuite transmises à l’O.E.C et participent à l’étude de ces milieux bien particuliers.
De plus, en 2010, une station météo, installée sur site aide à étudier la relation entre les différents évènements météorologiques (précipitations, vents, ensoleillement) et la mise en eau et l’assèchement des mares.

Histoire

Témoignages d’une civilisation

L’homme, arrivé en Corse depuis au moins 9 000 ans, a laissé dans la région de spectaculaires témoignages d’une civilisation remontant aux deux derniers millénaires avant notre ère. Les hommes de l’Age du Bronze avaient installé leurs habitats sur des buttes ou des plateaux dominant les vallées. Ces casteddi étaient fortifiés par une ou plusieurs enceintes de pierres protégeant la torra, édifice massif de forme circulaire. Ces architectures, surtout défensives, servaient aussi à des usages domestiques plus quotidiens. De nombreux stantari (menhirs), des stazzone ou tole (dolmens) et des bancali (coffres funéraires) témoignent de l’importance de l’art et des croyances de cette civilisation mégalithique. C’est à Palaghju, près de Tizzà (Tizzano), que se trouve la plus grande concentration de menhirs des pays méditerranéens.

Le 16e siècle fut une période noire pour les communautés de l’île. Les razzias des pirates “barbaresques” s’intensifièrent vers 1530 pour atteindre leur paroxysme entre 1570 et 1620. Les “turcs”, souvent originaires du Maghreb, tenaient les côtes de l’île. Villages attaqués, maisons et cultures détruites, habitants emmenés en captivité… Les terres littorales furent désertées. Gênes décida alors d’un ambitieux programme de construction de tours de surveillance et de défense. De 1530 à 1620, une centaine de tours furent édifiées aux frais des populations, qui durent acquitter un impôt spécial sur le sel. La décision de bâtir celle de Porto Erice (ancien nom de Campumoru) intervint aussitôt après le sac de Sartène en 1583. En 1586, après un an de travaux, la plus massive des tours de Corse était achevée. Une exposition, dans la tour de Campumoru, raconte cet épisode de l’histoire Corse. La tour de Senetosa, bien plus tardive, est l’une des dernières édifiées en Corse, comme sa voisine de Roccapina, sous la conduite de Giovanni di Cauro.

Le phare de Senetosa, lui, raconte une autre histoire. Le 17 avril 1887, le Tasmania, vapeur de la Peninsular and Oriental Line, parti de Bombay, s’abîme sur les récifs des Moines. Si les passagers sont tous sauvés, une partie de l’équipage, dont le capitaine, meurt dans la catastrophe. Ce naufrage connait un fort retentissement : le navire transportait des invités au Jubilé de la reine Victoria, dont le maharadjah Sir Portab Singh chargé d’offrir à la reine un coffre de pierres précieuses. Les bijoux sont sauvés, mais le chargement, ivoire, opium, indigo, coton, sésame, peaux, épices, café, reste au fond de l’eau. La puissante, Lloyd’s, qui assurait le Tasmania, fait pression sur le gouvernement français pour qu’un phare signale les dangereux écueils des Moines. Dans un contexte de rapprochement diplomatique entre le Royaume-Uni et la France, le service des Phares et Balises est chargé de le bâtir au plus vite. Ainsi, dès 1892, le phare de Senetosa est allumé. Très original, il est l’unique phare de France à être conçu avec deux tours : une tour pour la lanterne, la seconde pour porter un secteur de verre rouge destiné à signaler précisément les Moines. Ce phare terrestre, isolé sur la côte, sans accès routier, offre à ses gardiens des conditions de vie quasi insulaires : la relève s’y fait notamment par bateau. Cette situation particulière a conduit le Conservatoire du littoral à le transformer en refuge littoral, le premier de Corse.